La ‘’Vierge Rouge’’
Deux
équipes du Stade Toulousain (1912 et 1947)
sont restées invaincues toutes compétitions confondues
pendant une saison.
La première fut baptisée la ‘’Vierge Rouge’’.
La seconde hérita de cette appellation devenue légendaire.
Sans doute parce qu’elle
fut vierge de défaites durant toute la saison, l’équipe
du Stade Toulousain championne de France en 1912 fut baptisée
la ‘’Vierge Rouge’’. On retrouve partout
la trace de ses exploits et notamment dans le formidable livre de
Lucien Remplon Ombres noires et soleils rouges, mais rien
nulle part ne justifie cette appellation qui renvoie plus à
la religion qu’au sport et encore moins au rugby. Le mystère,
pourtant, habille magnifiquement cette première grande page
de l’histoire du rugby toulousain.
A l’époque, seul le titre de Champion des Pyrénées
donnait droit à disputer le Championnat de France. Le Stade
Toulousain gagnait à Lyon le droit d’affronter le Racing
Club de France parisien en finale nationale de 31 mars 1912 sur
le terrain des Ponts-Jumeaux. A domicile, donc. Une finale marquée
par l’exploit du demi d’ouverture Alfred Mayssonnié
associé à la mêlée à Philippe
Struxiano. Menés 0-6 à la mi-temps par des Parisiens
moins lourds devant mais aux lignes arrières talentueuses,
les Rouge et Noir reviennent à 5-6 et un deuxième
essai les fait passer devant pour de bon (8-6). Mais la longévité
de cette formation exceptionnelle allait souffrir quelques mois
plus tard du conflit mondial.
A Toulouse, c’est place Heracles que la famille du rugby se
recueille chaque 11 novembre devant la stèle à l’effigie
d’Alfred Mayssonnié, premier international du club
(3 sélections) et Champion de France avec les équipes
1, 2, 3 et 4 du Stade Toulousain, exploit jamais égalé,
tombé lors de la bataille de la Marne. Quant à Philippe
Struxiano, il sera une deuxième fois Champion de France en
1922, capitaine du XV de France et un stade porte son nom dans le
quartier de Lespinet.
La ‘’Vierge Rouge’’ s’est endormie
dans les tranchées de Verdun. Elle devait se réveiller
trente-cinq ans plus tard, au sortir d’une autre guerre mondiale.
Détail macabre sans aucun doute mais qui en dit long sur
la joie de vivre d’une génération enfin revenue
de l’horreur des combats.
Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que le même
processus se soit engagé dans les années 20, quand
le Stade Toulousain accrocha cinq titres de Champion de France en
six ans. Malgré leurs incessants exploits, ces chevaliers
rouges et noirs n’héritèrent pas de la ‘’Vierge
Rouge’’. Ils écrivirent pourtant des pages exceptionnelles.
Il faudra attendre les années 90 pour connaître pareille
domination nationale.
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Paul Mounicq, pilier ou
deuxième ligne, capitaine
de l'équipe de 1912
et international |
Philippe Struxiano, demi
de mêlée, 3 fois Champion
(1912, 1922, 1923), capitaine
en 1922 et 1923 et international |
Yves Bergougnan,
demi de mêlée,
Champion en 1947
et international |
À la fin des années
quarante et plus précisément lors de la saison 1946-47,
la ‘’Vierge Rouge’’ allait renaître
de ses cendres. Comme en 1912, le Stade Toulousain demeura invaincu
de bout en bout de la saison. L’équipe de 1947 était
surnommée ‘’l’équipe des bouchers’’.
Cucurroux, Escaffre et le père Picou étaient tous
dans la profession et fournissaient leurs co-équipiers en
cartes d’alimentation car, même dix-huit mois après
la fin de la guerre, certaines denrées étaient rares.
Cette équipe s’est constituée dès la
saison 1944 sous la conduite du trio Puig–Puech–Corbarrieu.
Jep Maso était passé au rugby à XIII professionnel
en 1945, mais d’autres joueurs prestigieux formaient l’ossature
de ces invincibles. Mellet à l’arrière, Brouat
et Gaussens au centre, Bergougnan à la mêlée,
Yves Noé et Lopez, le capitaine Robert Barran devant. Les
jeunes sportifs toulousains qui fréquentent la zone verte
de Pech David peuvent évoluer aujourd’hui sur un terrain
baptisé du nom de cet ancien capitaine.
L’histoire, dit-on, repasse les plats. Or, comme la finale
de 1912, celle de 1947 sera tout aussi riche en évènements.
La Fédération avait décidé quelques
mois plus tôt de faire jouer la finale sur le terrain des
Ponts-Jumeaux (…comme en 1912). Les Agenais, adversaires des
Toulousains, tentèrent bien sûr de changer la donne.
En vain. Si bien que plus de 25 000 supporters s’étaient
entassés dans les tribunes du stade maintenant appelé
Enest-Wallon. Avantage non négligeable. Il y eut ensuite
cet incident devenu depuis un moment d’anthologie dans l’histoire
de ce jeu. Guy Basquet, futur président du SU Agen, jouait
aux côtés d’Albert Ferrasse qui deviendra arbitre
et président de la Fédération. Basquet fut
accusé d,avoir blessé l’ailier Sanchez. Expulsé,
Basquet refusa de quitter le terrain. Palabres, interruption du
match pendant plus de vingt minutes, colère de Robert Barran
face au refus de Basquet de sortir. Le président de la Fédération,
Mr. Eluère trouva une parade et décida que le deuxième
ligne agenais reprendrait le jeu en deuxième mi-temps. On
venait d’inventer, avec quelques années d’avance,
l’expulsion temporaire… Finalement, le Stade Toulousain
s’imposa 10 à 3 et récupéra le Bouclier
de Brennus vingt-deux ans après son dernier titre. Les nouveaux
Champions de France furent récompensés par leurs dirigeants
d’un fusil de chasse et d’une prime de match de 500
francs…

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