« The Tournament »

Le Tournoi des cinq nations est mort. Il n’aura finalement vécu que… sept ans. Certes, chacun lui attribue une date de naissance bien antérieure, celle du 1er janvier 1910. Mais, à cette époque et jusqu’en 1993, il ne s’agissait que d’une compétition virtuelle. Pour comprendre, il faut reprendre l’histoire depuis le début.
Le début, c’est le premier match international qui se dispute entre une sélection anglaise et une sélection écossaise, le 7 mars 1871, sur le terrain de l’Edimburg Academy à Raeburn Place. De cette rencontre naîtra la Calcutta Cup que se dispute les deux nations tous les ans dans le cadre même du Tournoi.
L’Irlande fait son apparition en 1875, le Pays de Galles en 1880. Le premier « Championship » est né. En 1883, l’Angleterre bat ses trois rivaux. C’est la première « Triple Couronne » (« Triple Crown ») à laquelle les Britanniques ont longtemps accordé plus d’importance qu’à un Grand Chelem.
La France n’est pas encore jugée digne de se joindre à cette élite européenne. En 1893, une sélection parisienne se rend toutefois en Angleterre pour une mini-tournée. Le 13 février, elle affronte le solide « Civil Service Athletic Club » et ne s’incline que 2 buts à zéro (l’essai n’apporte aucun point et donne simplement le droit de tenter un but), ce qui fait dire à Sir Rowland Hill, secrétaire de la Rugby Football Union : « Je suis étonné que des Français jouent aussi bien à un jeu si compliqué… »
L’équipe nationale française joue son premier match international face aux Néo-Zélandais le 1er janvier 1906, rencontre quatre fois l’Angleterre (de 1906 à 1909), une fois le Pays de Galles et l’Irlande en 1909. Elle sera enfin conviée à rencontrer les quatre « Home Unions » en 1910. Pour évoquer cet événement, un journaliste londonien parle de « Five Nations Tournament » (« Tournoi des cinq nations »). Cette appellation aura un tel succès qu’elle entrera dans le langage commun mais sans jamais être admise par les dirigeants de l’International Rugby Board. Pour eux, cette opposition entre les cinq nations n’est qu’une « succession annuelle de matchs amicaux ». Aucun classement n’est officiellement établi, aucun titre ni trophée n’est décerné.
Les débuts français sont laborieux : quatre défaites. Pour son premier match, le 1er janvier 1910, ils s’inclinent 49-14 (dix essais à deux) au Pays de Galles et l’arrière Bancroft lance : « Vous, les Français, vous battrez peut-être chez eux les Anglais, les Ecossais et les Irlandais, mais vous ne triompherez ici que le jour où il n’y aura plus de charbon ». La première victoire sera pour 1911, contre l’Ecosse (à Colombes), la première à l’extérieur en 1920, en Irlande. L’Angleterre résistera jusqu’en 1927 (toujours à Colombes). Le 21 février 1948, par un temps froid et gris, les Tricolores s’imposent à Swansea. Il y avait encore du charbon au Pays de Galles.
Entre temps, la France connaît quelques difficultés pour se faire admettre. Dès 1913, l’Ecosse rompt les relations avec elle, l’arbitre anglais M. J.W. Baxter s’étant fait prendre à partie par la foule parisienne. La réconciliation intervient en 1920 mais elle est de courte durée.
« L’affaire » a démarré lors de la saison 1929-1930, en France et dans le Tournoi. Six, puis finalement quinze clubs font sécession, mécontents du titre de champion de Quillan, aux joueurs recrutés par son riche président, le chapelier Bourrel, et de la recrudescence du jeu dur, quittent le giron de la Fédération française. Galles-France 1930 avait été très violent et les britanniques n’avaient pas appréciés. Soupçons de professionnalisme et jeu dur, la France est exclue jusqu’au 7 juillet 1939. Et comme la guerre éclate, il faudra attendre la reprise de l’épreuve en 1947. A nouveau menacée d’exclusion en 1952 par les « Home Unions », la Fédération française fournit une liste de joueurs (sacrifiés) jugés coupables de professionnalisme, parmi lesquels Jean Dauger, Robert Soro et Maurice Siman…
Après guerre, le Tournoi se stabilise, attire de plus en plus de public et d’argent. Trophées virtuels : Grand Chelem pour quatre victoires, cuillère de bois pour quatre défaites, et toujours Calcutta Cup et Triple Couronne. Angleterre-France 1957, à Twickenham, est le premier match retransmis à la télévision. La France termine seule en tête pour la première fois en 1959. Le premier Grand Chelem sera pour 1968 et l’équipe de Christian Carrère.
A l’hiver 1972, en raison des « évènements » en Irlande du Nord, Ecossais et Gallois refusent de jouer à Dublin.
Deuxième Grand Chelem français en 1977 avec les mêmes quinze joueurs pour les quatre matchs et sans encaisser un seul essai, sous la férule de Jacques Fouroux.
Enfin, en 1993, les dirigeants du rugby se décide à officialiser la compétition. Mais ils ne l’appellent toujours pas « Tournoi des cinq nations ». Ils préfèrent la nommer « Five Nations Championship » (« Championnat des cinq nations »). Une coupe est mise en jeu, la différence de points départageant les équipes à égalité de victoires. Jean-François Tordo, capitaine des Bleus, sera le premier à la brandir.
Signe des temps, dans un rugby devenu professionnel, l’Angleterre manque de se faire exclure par ses congénères d’outre-Manche en 1998 pour des questions de partage de contrats de télévision…
L’Italie pointe le bout de son nez. Elle accumule les performances, s’imposant notamment à plusieurs reprises en terre britannique. La France pousse à son intégration, les britanniques se font tirer l’oreille. Ils finissent par accepter son entrée en l’an 2000, dans le nouveau Tournoi des six nations.
Bref, le Tournoi, « The Tournament ».



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