Centre de haute taille, 1,82 mètres,
pour un poids respectable, 84 kilos, Jean « Manech » Dauger
est l’image même de son club, l’Aviron Bayonnais,
de son jeu allègre. Il marqua 60 essais lors d’une même
saison ! Champion de France en 1943, il fut le modèle et l’inspiration
de la grande lignée des centres français. Son passage
au rugby à XIII (où il fut aussi Champion de France
et international) pour un prix dérisoire lui coûta la
carrière internationale qu’il méritait. Mais,
au moins, il participa à une rencontre du Tournoi en 1953 après
sa requalification. Récemment disparu, la ville de Bayonne
a décidé, à l’unanimité, de donner
son nom au stade Saint-Léon, où il devint une légende.
Danie Gerber (Afrique du Sud)
Tous ceux qui ont vu jouer Danie Gerber vous le diront : le trois-quarts
centre des Springboks avait tout pour être sacré meilleur
centre de sa génération. Et sans l’isolement
auquel fut contraint le rugby sud-africain, Danie Gerber aurait
sans doute été la star des années 80. Il possédait
des qualités physiques au-dessus de la moyenne et notamment
une pointe de vitesse redoutable qui le transformait en véritable
bombe, sans oublier une excellente technique et une finesse remarquable,
compromis idéal.
Mike Gibson (Irlande)
Avocat de profession, trois-quarts centre des fameux Lions Britanniques,
capable d’évoluer indifféremment à l’ouverture
et au centre, il fut à lui seul le Maso/Trillo du rugby irlandais
pendant une décennie, où son intelligence et sa technique
firent merveille.
Tim Horan (Australie)
Sans doute l’un des tous meilleurs joueurs de tous les temps.
L’un des meilleurs centres en tous cas. Dix ans après
son arrivée sur la scène internationale avec l’Australie
à 20 ans, champion du monde en 1991, il fut élu meilleur
joueur de la Coupe du monde 1999, que l’Australie remporta
à nouveau et dans laquelle il fut pour beaucoup. 79 sélections,
un talent et un physique exceptionnels, surtout quand on sait qu’il
aurait pu définitivement arrêter sa carrière
après une grave blessure au genou au milieu des années
90.
Jo Maso (France)
« L’Ange Blond des stades » pour les uns, «
Le Petit Prince du Parc » pour les autres, Jo séduisait
par ses allures de dandy, un corps délié et un gracieux
port de tête, mais aussi par sa gestuelle irréprochable.
Sa rigueur et sa discipline mises en doute, on lui a souvent préféré
des joueurs laborieux à une époque où la beauté,
la grâce et la différence dérangeaient. Jo aurait
décroché bien plus que ses 25 sélections si
l’on avait pas craint son esprit créatif susceptible
de multiplier les prises de risques.
Philippe Sella (France)
111 sélections. C’est le record de France et du monde.
Deux fois Champion de France avec Agen, il a fini sa carrière
dans le club londonien des Saracens. A la fois rapide, physique
et technique, plaqueur émérite, considéré
comme le meilleur trois-quarts centre du monde pendant presque une
décennie. Trois Coupes du monde disputées (finaliste
en 1987), il est aussi un homme attachant et droit.
Les demis d’ouverture
Naas Botha (Afrique du Sud)
Naas Botha restera dans l’histoire comme l’un des buteurs
les plus prolifiques, les plus doués de tous les temps, capable
de donner au ballon des trajectoires millimétrées,
sans oublier ses réelles qualités d’attaquants.
C’est d’ailleurs pour cela qu’il fut recruté
par l’équipe de football américaine des Cow
Boys de Dallas. Longtemps véritable dieu du rugby sud-africain
mais aussi honni par ses coéquipiers tant il pouvait se montrer
hautain et plein de morgue.
Mark Ella (Australie)
Demi d’ouverture de génie, Mark Ella, souvent associé
à son frère Glenn, fut le premier aborigène
international du rugby australien au début des années
80. S’il reste aujourd’hui un fait de société,
sa présence sur le terrain ne fut politiquement qu’une
oasis en plein désert. Mais le joueur restera toujours comme
l’un des plus grands de sa génération.
Barry John (Pays de Galles)
Avec le roi Gareth Edwards, il a formé la paire de demis
royale du Pays de Galles, celle qui a mis sur orbite cette équipe
hors-normes qui allait s’illustrer dans les années
70, ces « crowning years » (« années couronnées
») auquel le rugby gallois rêve toujours. Véritable
génie de ce jeu, Barry John était capable de tous
les exploits, dans une apparente facilité admirée
de tout un peuple, pourtant plus enclin à célébrer
les rudes avants issus de la mine.
Jack Kyle (Irlande)
L’homme si longtemps oublié constitue l’honneur
de tout le rugby. Par son talent qui fit de lui la référence
du jeu de demi d’ouverture de son temps. Quarante-six sélections
de 1947 à 1958. Hors du terrain, on ne peut pas se départir
d’une admiration vraie pour ce missionnaire laïque des
quartiers difficiles d’une île tourmentée par
la violence. Il a choisi ensuite d’exercer son métier
de chirurgien loin des pompes et des ors, en Zambie.
Michael Lynagh (Australie)
Jusqu’à la Coupe du monde 1999 et l’exploit
du Gallois Neil Jenkins, Michael Lynagh détenait le record
des points marqués dans une carrière internationale
: 911 en 72 matchs. Demi d’ouverture des Wallabies de 1984
à 1995 et de sa province du Queensland, artisan du titre
mondial de 1991, il mit un terme à sa carrière internationale
après sa 3e Coupe du monde en 1995. Il continua de jouer
pour le club anglais des Saracens jusqu’en 1998.
Cliff Morgan (Pays de Galles)
Vingt-neuf fois international de 1951 à 1958, voilà
qui suffit à donner la mesure précise de ce demi d’ouverture
typiquement gallois avec une excellente distribution au pied et
le sens du changement de pied en course. En outre, « le Barde
de Kenfig Hill », surnommé ainsi en raison de son talent
au chant choral et de sa foi religieuse, connut une formidable carrière
à la télévision. L’homme savait y parler
du rugby. Titulaire de l’Ordre de l’Empire Britannique.
Bennie Osler (Afrique du Sud)
Un autre « Monsieur Drop », demi d’ouverture
de la Western Province, capitaine des Springboks en tournée
européenne en 1961, autoritaire, il imposait à ses
partenaires et adversaires un jeu bloqué, serré et
parfois sans grâce. Mais l’essentiel, jadis comme aujourd’hui,
est de gagner.
Hugo Porta (Argentine)
Il demeurera une légende du rugby argentin et du rugby en
général. Par ses talents d’attaquant et de buteur,
il a tiré à lui seul les Pumas vers le haut, et pendant
des années. Il était notamment capitaine des vainqueurs
des Springboks sud-africains sur leurs terres dans les années
80. Un exploit retentissant. Cette aura acquise sur tous les terrains
du monde lui a valu de devenir l’un des personnages les plus
en vue de l’Argentine, une fois les crampons raccrochés,
au point d’être nommé ambassadeur… en Afrique
du Sud.
Richard Sharp (Angleterre)
Les presque septuagénaires se souviennent avec un certain
effroi de Richard Sharp. Non que l’homme présentait
un gabarit exceptionnel : 1,83 mètres pour 76 kilos. Mais
ce demi d’ouverture, éduqué aux meilleurs endroits,
Blundell’s et Oxford, avait un tel sens de l’esquive
et du contre-pied, qu’il constituait un danger permanent dans
les 22 mètres adverses. Ses réussites en rencontres
internationales ne se comptent plus et on garde le souvenir du superbe
essai inscrit contre la France en 1960 avec une apparente facilité
insolente.
Les demis de mêlée
Ken Catchpole (Australie)
« Catchie » était le demi de mêlée
de l’équipe d’Australie pendant les années
60, lorsque les Wallabies traversaient la période de vaches
maigres. Pourtant, derrière des packs chahutés, il
arrivait, avec la complicité de Hawthorne à l’ouverture,
à lancer des lignes arrières talentueuses et allègres.
L’homme mérite ainsi largement ses vingt-sept sélections
internationales.
Gareth Edwards (Pays de Galles)
53 sélections au long de 11 saisons, sans parler de ses
matchs pour les Lions Britanniques, voilà qui suffit à
donner la mesure précise de ce demi de mêlée
gallois, solidement ancré sur ses jambes de feu, avec une
vision de jeu étonnante, un plaquage dévastateur,
une distribution du ballon sans faute comme le jeu au pied. Gareth
Edwards est devenu l’aune à laquelle on juge les porteurs
du numéro 9. Les téléspectateurs du monde entier
se souviennent de l’invraisemblable essai qu’il marqua
contre l’Ecosse en 1972 au terme d’une époustouflante
course solitaire, entre autres. Considéré comme le
« joueur du siècle » par la plupart des spécialistes
du jeu.
Nick Farr-Jones (Australie)
Capitaine des Australiens Champions du monde en 1991, Nick Farr-Jones
était considéré comme le meilleur demi de mêlée
de la planète. Excellent passeur, stratège hors-pair,
il était également un meneur d’hommes à
toute épreuve. Et il lui fallait effectivement de sacrées
qualités pour s’imposer dans cette équipe constellée
de vedettes et de fortes personnalités. Il l’en était
le cerveau, sobre et s’alliant parfaitement à l’esprit
d’initiative d’un Michael Lynagh.
Max Rousié (France)
Un jour, Jean Dauger confia que Max Rousié était
le meilleur. Il faut prendre l’hommage d’où il
vient, absolument exceptionnel. Le petit Lot-et-Garonnais savait
à peu près tout faire sur un terrain : attaquer, défendre,
plaquer, buter, autant XV qu’à XIII. Vigoureux, robuste,
tonique, gagneur, « Maxou » avait tout pour réussir.
Le drame est qu’il rata sa vie avant de gagner sa lutte contre
l’alcoolisme. Peu après, il se tua dans un accident
de la route.
Philippe Struxiano (France)
Doté d’une excellente passe et d’un art du coup
de pied aussi remarquable que son caractère était
bien trempé, « Struc » vit sa carrière
interrompue par la première guerre mondiale et ses mauvais
rapports avec les officiels. Peut-on oublier qu’il fut capitaine
du Stade Toulousain invaincu de 1912 (« La Vierge Rouge »)
comme de la première équipe de France victorieuse
dans les îles britanniques ?
Joost Van Der Westhuizen (Afrique
du Sud)
Un monstre du rugby international passé professionnel. Champion
du monde en 1995 alors qu’il n’avait que 24 ans (il
débuta en 1993), il compte 58 sélections. Grand bonhomme
de la Coupe du monde 1999 pour les Springboks (troisièmes),
il fait désormais partie des meilleurs demis de mêlée
de l’histoire du rugby. Héroïque de courage et
de volonté, capable de changer l’issue d’un match
à lui tout seul, il aura marqué la dernière
décennie du siècle.
Les troisième ligne
centre
Morne Du Plessis (Afrique du
Sud)
Numéro huit au grand rayon d’action, capitaine exemplaire,
Morne Du Plessis possédait une aura qui dépassait
largement le cadre sud-africain. Libéral anglophone opposé
à l’apartheid et aux Afrikaners purs et durs, joueur
d’une grande intelligence, il préfigurait le numéro
8 moderne. Manager des Champions du monde 1995, il fit beaucoup
pour l’image de cette équipe et la réconciliation
des Springboks avec toute l’Afrique du Sud.
Brian Lochore (Nouvelle-Zélande)
Avant de référence, exploitant agricole et éleveur
dans la province de Wairapapa dans la Nouvelle-Zélande profonde,
Brian « Brave » Lochore a été vingt-cinq
fois appelé en équipe nationale comme troisième
ligne centre ou deuxième ligne. En outre, son rôle
de capitaine fut souvent déterminant (seulement 3 défaites
en 25 tests-matchs de 1963 à 1971). Titulaire de l’ordre
de l’Empire Britannique pour services rendus au rugby.
Billy Millar (Afrique du Sud)
Capitaine des Springboks en tournée invaincue en Europe
au début du siècle, avant infatigable, fin stratège
et inspirateur de son équipe. Billy Millar fut comabttant
de la guerre des Boers et de la première guerre mondiale
(lieutenant, blessé sept fois). En outre, ce qui le rend
sympathique, il assura d’éminentes fonctions dans une
célèbre société de vins et spiritueux.
Wayne Shelford (Nouvelle-Zélande)
Carrière courte mais exceptionnelle du numéro huit
de Rotorua sous le maillot à la fougère argentée.
Entré chez les All Blacks en 1985, il en ressortit en 1990
en ayant disputé quarante-huit matchs dont 22 tests et inscrit
22 essais. Le successeur de David Kirk au capitanat des Blacks les
conduisit, de 1987 à 1990, à une série inégalée
de 19 rencontres sans défaite.
Walter Spanghero (France)
Né en 1945 à Payra-sur-l’Hers, dans l’Aude,
troisième ligne centre ou aile, ou deuxième ligne,
cinquante et une sélections de 1964 (victoire en Afrique
du Sud) à 1973, force et courage mêlés. Un nom
qui a donné à la discipline ses lettres de noblesse,
mis du beurre dans les haricots, et permis de localiser Bram (où
vit la « tribu » Spanghero, six frères rugbymen
dont deux internationaux) sur la carte. Et drôle de prénom
qui suffit aujourd’hui à situer son possesseur.
William Wavell Wakefield (Angleterre)
On l’appelait « Wakers » comme on dit «
Twickers » pour Twickenham. Il constituait en fait une institution
du rugby d’Angleterre. Comme joueur en troisième ligne,
aile ou centre, trente-et-une fois international de 1920 à
1927, de nombreuses fois capitaine, président de la Rugby
Football Union. Entré en politique, il fut anobli comme le
premier Lord Wakefield of Kendal, en témoignage de ses multiples
activités dans le cadre du sport et des affaires.
Les troisième ligne aile
John Bannerman (Ecosse)
C’est l’homme qui illustre le mieux le rugby écossais
de l’entre-deux-guerres lorsque les avants, bave aux lèvres,
cheveux au vent et godasses traînantes, dévalaient
le terrain avec d’impressionnants « dribblings »
(déroulés au pied) qui épouvantaient les adversaires
et enchantaient les terrasses de Murrayfield. Intellectuel de haute
volée, ancien d’Oxford, président du parti libéral
écossais, président de la Scottish Rugby Football
Union de 1951 à 1955, il devint pair du royaume en 1957.
Michel Crauste (France)
Défenseur acharné, roi de la « cravate »
(non-sanctionnée à l’époque), ce grand
coureur était le poison des trois-quarts qu’il se plaisait
à pister. Premier joueur complet, il n’était
pas qu’un défenseur teigneux. Attaquant formidable
de l’armada lourdaise des années 50, on remarquait
cet athlète avant l’heure, par sa vitesse de course,
sa grande disponibilité sur le terrain et sa détente,
préfigurant le troisième ligne moderne. 63 sélections,
capitaine et meneur d’hommes, le « Mongol » (pour
ses moustaches) montrait la voie.
John Jeffrey (Ecosse)
Plus dur au mal, plus poison, il n’y avait pas. Le fermier
de Kelso, entre 1984 et 1991, forma, avec Calder et White, la plus
redoutable troisième ligne du monde. 11 essais, 42 capes,
le Grand Chelem 1990 et une demi-finale de Coupe du monde en 1991.
Et le « Requin Blanc » choqua toute l’Angleterre
en 1988, se servant de la Calcutta Cup comme d’un ballon de
football.
Michael Jones (Nouvelle-Zélande)
Le « flanker » des All Blacks restera comme l’un
des tous meilleurs troisième ligne au monde. Véritable
trouvaille de la première Coupe du monde en 1987, Michael,
moitié Néo-Zélandais, moitié Samoan,
a imposé un nouveau style par sa puissance et ses qualités
athlétiques : accélérations, crochets, détente
verticale et déplacements précis et supersoniques.
Au-dessus de ses performances sous le maillot noir, cet homme atypique,
très croyant, refusa de jouer la demi-finale de la Coupe
du monde parce qu’elle se jouait un dimanche. Personne ne
le fera changer d’avis en 10 ans de carrière exemplaire.
Noel Murphy (Irlande)
Il offre la caractéristique d’être à
la fois le fils et le père d’internationaux irlandais.
Troisième ligne vigoureux, voire féroce, il porta
le maillot au trèfle plus de quarante fois, de 1958 à
1969. Homme d’affaires aux intérêts variés,
figure de sa ville natale de Cork, il fut président de son
club.
Jean Prat (France)
Prototype du joueur complet, « Monsieur Rugby », comme
l’avait surnommé les Britanniques, titulaire de 51
sélections et de 6 titres de Champion de France avec son
cher FC Lourdes. Intelligent, gagneur, doté d’un coup
de pied remarquable due à sa formation polyvalente, ce grand
capitaine fut l’image du rugby français de son temps.
« Jeannot » devint entraîneur, mena les Tricolores
à la victoire contre les Springboks sud-africains en 1964.
Puis les jalousies l’écartèrent des postes de
responsabilité, ce qui est consternant.
Fergus Slattery (Irlande)
Connu pour son abattage, ses jaillissements et sa grosse activité
en défense, ce fut le moteur du pack irlandais tout au long
des années 70, où les visites à Lansdowne Road
ne furent jamais des parties de plaisir. Avocat de profession et
gentilhomme.
Les deuxième ligne
Les deuxième ligne
Bill Beaumont (Angleterre)
Deuxième ligne de l’équipe d’Angleterre
puis capitaine à partir de 1978. Son premier match contre
la France, au Parc des Princes, le 20 mars 1975, se solde par un
sévère 30-9 synonyme de cuillère de bois pour
le XV à la Rose. Son dernier, le 21 mars 1981, à Twickenham,
par un 16-12 synonyme de Grand Chelem français. Mais l’année
précédente, Bill Beaumont, le géant capitaine,
à la fois gentleman et féroce, avait remporté
le sien. Il est devenu depuis un dirigeant respecté du rugby
anglais.
Benoît Dauga (France)
Preneur de balle incomparable en touche, spécialisé
dans les charges au long cours, tour à tour deuxième
ligne et numéro huit, « le Grand Ferré »
était aussi reconnu pour son immense courage. On dit notamment
que sans lui, la fameuse bagarre de Springs (Afrique du Sud 1971)
aurait été toute autre…
Frik Du Preez (Afrique du Sud)
Encore un homme sans peur à défaut d’être
sans reproches. Mais Du Preez ne brillait pas uniquement par ses
talents de boxeur. Troisième ligne ardent et maître
dans l'art du plaquage désintégrant, deuxième
ligne exceptionnel dans le gain de la balle, malgré une taille
réduite pour le poste (1,85 mètres), buteur efficace,
il est resté profondément dans le cœur des supporters
de sa ville de Prétoria.
John Eales (Australie)
Le deuxième ligne du Queensland découvrit le concert
international en 1991 face au Pays de Galles, avant d’être
sacré Champion du monde la même année. Huit
ans et 70 sélections plus tard, il était le capitaine
des Wallabies à nouveau Champions du monde en 1999. Grand
deuxième ligne, immense capitaine, Eales restera aussi le
joueur capable de tout faire sur un terrain. Preuve en sont ses
160 points inscrits en matchs internationaux (pénalités
et transformations pour l’essentiel) qui le classent dans
les meilleurs marqueurs australiens de l’histoire. Surnommé
« Mister Nobody » parce que… « Nobody is
perfect ».
John McBride (Irlande)
Longtemps capitaine du XV d’Irlande et des Lions Britanniques
de 1974, ce fut l’un des plus grands deuxième ligne
du rugby mondial à travers les âges. Guerrier infatigable,
bon joueur de touche, il en imposait à tous.
Colin Meads (Nouvelle-Zélande)
Cinquante-cinq sélections comme deuxième ligne et
troisième ligne centre ou aile, de 1957 à 1971, «
le Pin » constitue l’âme du rugby néo-zélandais
comme joueur (très, très, très agressif), capitaine,
entraîneur, dirigeant et… bon buveur de bière.
Dans la vie, éleveur de bovins et de chevaux, il a signé
un livre de souvenirs qui a connu un stupéfiant succès
de librairie.
Les piliers
Graham Price (Pays de Galles)
Avec ses deux compères de Pontypool (Bobby Windsor et Charly
Faulkner), il forma une première ligne redoutable sur les
fondations de laquelle se constituèrent bien des succès
gallois dans les années 70. D’une énorme puissance
en mêlée, il savait également à l’occasion
tâter du ballon. Un monument.
Alferd Roques (France)
Arrivé fort tard au rugby, le pilier de Cahors Alfred Roques,
« le Pépé du Quercy », glana 30 sélections
autour des années soixante. Doté d’une force
peu commune, instrumentant à gauche comme à droite,
il fut de la victoire française en Afrique du Sud en 1958
et du premier succès Tricolore dans le Tournoi des cinq Nations
en 1959.
Wilson Whineray (Nouvelle-Zélande)
Il fait partie des légendes du rugby néo-zélandais.
Il a décroché 32 sélections de 1957 à
1965, dont 30 en tant que capitaine, ce qui en fait le joueur ayant
le plus commandé les All Blacks derrière Sean Fitzpatrick.
Et seulement deux défaites… Un chef incontesté,
une référence. Auteur de l’expression définitive
: « Les grandes équipes ne meurent jamais ».
Les talonneurs
Colin Deans (Ecosse)
D’une grande mobilité, ardent au combat comme peut
l’être un joueur du Chardon, fin technicien, Colin Deans
fut bien le prototype du talonneur moderne, à l’image
d’un Alain Paco (de Béziers et de France). Il ne possédait
certes pas un physique extraordinaire mais compensait cela par un
courage et une activité débordantes.
Philippe Dintrans (France)
Talonneur explosif au tempérament de feu, Philippe Dintrans,
le Tarbais, fut de tous les combats du XV de France. Il remporta
une victoire historique en Nouvelle-Zélande en 1979 ainsi
qu’un Grand Chelem en 1981. On se souvient de la fougue qui
l’animait dès l’instant où il portait
le maillot bleu.
Sean Fitzpatrick (Nouvelle-Zélande)
Avec 92 capes, il est recordman néo-zélandais. Fils
de Brian (22 fois sélectionné), il fut pendant 11
saisons, de 1986 (débuts contre la France) à 1997
(tournée dans les îles britanniques), le talonneur
attitré des All Blacks, avec 63 test-matchs d’affilée.
Durant cinq saisons (de 92 à 97), il sera capitaine cinquante
et une fois. Homme de records et leader phénoménal.
Les dirigeants
James Aikman Smith (Ecosse)
L’Ecosse a traîné longtemps une réputation
de conservatisme social, voire d’esprit de réaction
devant toute évolution et d’exécration vis-à-vis
de tout ce qui pourrait mener à quelque chose d’abominable,
la tentation du professionnalisme. Le grand prêtre de ce dogme
s’appelait James Aikman Smith. On doute fortement que l’homme
ait jamais joué au rugby, mais il exerça son pouvoir
d’une main de fer comme dirigeant de la Scottish Rugby Union,
secrétaire, trésorier, représentant de district,
vice-président, président enfin de 1888 à 1927.
Ce petit homme rond à moustache et bésicles donna
ainsi sa marque pour longtemps jusqu’à il y a quelques
années à tout le rugby calédonien.
Henry Charles Blazey (Nouvelle-Zélande)
Henry Charles « Ces » Blazey offre la caractéristique
parmi les présidents de la Fédération néo-zélandaise
d’être un joueur modeste, puisqu’on ne le connaît
pas comme sélectionné, même provincial. Mais
son rôle dans le monde sportif néo-zélandais
ne se discute pas : président de la New Zealand Rugby Football
Union de 1977 à 1986, membre de l’International Rugby
Board de 1964 à 1986 et du Comité des Lois de 1972
à 1985. En outre, président de la fédération
d’athlétisme de son pays, membre des comités
d’organisation des Jeux du Commonwealth, du Comité
olympique néo-zélandais, il représenta ainsi
son pays à un moment où les problèmes posés
par l’Afrique du Sud constituaient un douloureux problème.
Daniel Craven (Afrique du Sud)
Daniel « Danie » Hartman Craven a marqué de
son exceptionnelle personnalité le monde du rugby pendant
plus de soixante ans : de 1931, année de sa première
sélection en équipe d’Afrique du Sud, à
1993, celle de sa mort. Joueur, Springbok sélectionné
à quatre postes différents, technicien, théoricien,
auteur, entraîneur, dirigeant, président de la Fédération
de son pays de 1956 à son décès dans sa chère
ville de Stellenbosch dont il fut la figure rayonnante et le «
gourou ». Il eut à surmonter les problèmes politiques
qui affectaient le rugby sud-africain pendant les difficiles années
qui vont de la décennie 1960 à l’unification
au début des années 90. Son génie ondoyant
sauva l’essentiel, ce qui constitua une sorte de miracle.
Il mérite bien d’avoir son buste à l’Université
de Stellenbosch dont le stade porte son nom : Daniel Craven Stadium.
Henry Dunlop (Irlande)
Le monde du rugby connaît Henry Dunlop. Seulement, il ne
sait pas qu’il le connaît. L’homme fut l’âme,
jusqu’à sa mort en avril 1930, du grand club dublinois
de Lansdowne. Et surtout, ce haut fonctionnaire polyglotte, à
la maîtrise parfaite du français et de l’allemand,
est à l’origine du plus vieux stade international du
rugby mondial, Lansdowne Road, qui, à chaque visite, enchante
ses visiteurs. Jamais grand rugbyman mais athlète de qualité,
également danseur, musicien, sculpteur et peintre, dirigeant
dévoué, ce membre de la grande bourgeoisie témoigne
de la haute société protestante et éclectique
qui présida aux premiers temps du rugby d’Erin.
Albert Ferrasse (France)
Albert Ferrasse assuma la charge, l’honneur et, pour lui,
le plaisir de diriger la Fédération française
de 1968 à sa retraite volontaire en 1991. Un long bail où
il exerça son magistère avec jubilation d’une
main de fer. Comme il dit : « Les opposants, on les a virés
». En fait, « Tonton » s’appuya sur l’opinion
interne qu’il séduisit par sa rondeur de « radical
d’extrême centre », tout en se ménageant
des sympathies politiques de tous bords. Solide deuxième
ligne, Champion de France avec son cher club d’Agen en 1945,
dont il assuma plus tard la présidence, remplaçant
en équipe de France, arbitre, il connut la réussite
dans le monde des affaires. Il fut même président de
l’International Rugby Board, ce qui représente une
réussite unique pour quelqu’un ne parlant pas anglais.
Sa boutade : « Les Anglais, je les admire, mais je ne les
aime pas », a beaucoup fait rire en France.
Horace Lyne (Pays de Galles)
Horace Lyne présida la Fédération galloise
pendant plus de quarante ans et la représenta à l’International
Rugby Board. Autant dire qu’il fut la conscience des vallées
minières au début du siècle. Cet ancien joueur
et arbitre international fut un strict défenseur des petites
gens du rugby. Il refusa ainsi que les joueurs aient à participer
aux frais de déplacements. C’eût été
barrer la dignité internationale aux prolétaires.
Minoritaire parmi les Britanniques, il contribua à maintenir
dans le giron du jeu les rugbymen gallois. A ce titre, ce grand
bourgeois, notable de sa chère ville de Newport, mérite
la reconnaissance.
George Rowland Hill (Angleterre)
Représentant de la seconde génération des
bourgeois de l’ovale, Sir George Rowland Hill a quitté
l’école à 15 ans et rentre, après quelques
aventures, au service de l’Etat Civil dont il deviendra directeur.
Après avoir traversé le rugby actif, il consacre sa
vie au développement et à l’organisation du
jeu comme dirigeant et arbitre. Avant d’être élu
18e président de la Rugby Football Union. Son extraordinaire
disponibilité est récompensée par l’anoblissement
pour services rendus au rugby. Il eut droit, à son décès
en avril 1928, à une nécrologie dans le Times qui
l’aurait ravi : « Amateur des amateurs et conservateur
des conservateurs ».
Nicholas Shehadie (Australie)
La Fédération australienne est la plus jeune. Elle
vit simplement le jour en 1949 par la fusion du Queensland et de
la Nouvelle-Galles du Sud. La liste des présidents est courte.
Elle comprend toutefois le nom d’une personnalité rutilante
et à part : Nicholas Shehadie, fils d’un… prêtre
de l’Eglise orthodoxe d’Antioche, est né en 1926
à Sydney. Il ne fréquente pas d’établissements
scolaires huppés mais entra vite dans la vie active. La démarche
ne fut pas préjudiciable puisqu’il devint un homme
d’affaires à la très large aisance et en politique,
membre du parti libéral, 33e Lord Maire de Sydney. Ce titulaire
de la décoration de l’Ordre de l’Empire Britannique
n’était pas, en outre, un rugbyman d’opérette
: 30 sélections de 1947 à 1958 comme pilier, deuxième
ligne et troisième ligne.
Sélection de Midi Olympique, l’hebdomadaire français
du rugby