Le Panthéon du XXe siècle

Les arrières

Serge Blanco (France)

« Le Pelé du rugby », 93 capes en équipe de France, 17 fois capitaine, 42 matchs du Tournoi des cinq Nations, gagné 6 fois en 11 participations, 2 Coupes du monde disputées (finaliste en 1987). Ancien arrière du Biarritz Olympique (1 finale de Championnat l’année de ses adieux en 1992) dont il est devenu président avant d’être celui de la nouvelle Ligue professionnelle française. Joueur, ce fut le plus génial de tous, attaquant de partout sur le terrain, relanceur funambule, buteur phénoménal à l’occasion. Jugé en son temps comme le meilleur arrière du monde.

Ernie Crawford (Irlande)

Etonnante figure que celle de cet arrière capé 30 fois de 29 à 35 ans, de 1920 à 1927. D’abord parce que cet Ulstérien de naissance et de formation, fit toute sa carrière au club de Lansdowne à Dublin. Ce défenseur impeccable sur l’homme comme au pied – il était aussi international irlandais de football – n’est pas resté dans l’imaginaire du rugby que pour ses talents sportifs, mais aussi pour son humeur ravageuse. Insolent avec les dirigeants, il avait pris l’habitude dans les matchs contre les Français de leur donner des conseils désastreux avec son accent de Belfast. Qu’ils suivaient.

Andrew Irvine (Ecosse)

« L’Ange Blanc » débuta sa carrière face à la Nouvelle-Zélande et fit sa première apparition face à la France dans le Tournoi des cinq Nations en 1973. Après des débuts plutôt timorés en tant qu’attaquant, il se montra un redoutable scoreur. Face à cette même équipe de France dans le Tournoi 1980, il fit basculer le match en faveur de l’Ecosse grâce à deux essais. Excellent buteur, même loin de l’indétronable Hastings, il reste parmi les meilleurs marqueurs pour son pays (273 points en 51 matchs).

George Nepia (Nouvelle-Zélande)

Ce jeune Maori de la province rurale d’Hawkes Bay fut formé au rugby dans un collège agricole par les mormons qui lui apprirent l’art si exigeant du plaquage offensif. Le reste fut dû à son propre talent qui n’était pas mince. La preuve ? Il entra dans la légende du « Pays au long nuage blanc » lors de la tournée autour du monde de 1924-1925, celle des « Invincibles ». Poussé par la pauvreté à passer au rugby à XIII professionnel en Angleterre en 1935, il fut, en toute justice, requalifié par la Fédération néo-zélandaise pendant la seconde guerre mondiale.

Les ailiers

David Campese (Australie)

Il est l’un des rares joueurs à avoir dépassé les 100 sélections en équipe nationale. Il est le recordman des marqueurs d’essais. Il a été pendant longtemps la star du rugby mondial. « Campo » constitue bien un cas à part. Capable de commettre des bourdes monumentales mais également de faire basculer un match à lui seul par ses courses déroutantes, ses initiatives ébouriffantes. On gardera longtemps en mémoire ses deux interventions lors de la demi-finale mondiale 1991 face à la Nouvelle-Zélande, entre autres.

Gerald Davies (Pays de Galles)

Ailier droit de la grande équipe galloise des années 70, passé maître dans l’art du cadrage-débordement, rapide et incisif, il fut l’un des joueurs les plus brillant de son époque et s’est superbement reconverti dans le journalisme depuis.

John Kirwan (Nouvelle-Zélande)

Star des Coupes du monde 1987 et 1991, John Kirwan est considéré comme l’un des plus grands et talentueux attaquants des All Blacks. Avec ses 1,92 mètres pour 92 kilos, il a été à l’avant-garde de cette nouvelle race de trois-quarts hors-normes. Ce surdoué du poste, très technique, champion du monde en 1987, transfuge du rugby à VII, est un véritable héros dans son pays pour avoir fini meilleur marqueur d’essais pendant deux ans consécutifs.

Jonah Lomu (Nouvelle-Zélande)

Arguant d’un physique hors-normes (1,96 mètres pour 118 kilos, 50 cm de tour de cou…), Jonah Lomu, qui pesait plus de 7 kilos à la naissance, balaya tout sur son passage depuis la Coupe du monde 1995, où il ridiculisa les Anglais. Lancé, Lomu est inarrêtable, ou presque. Demi-finale 1999 contre la France : quatre ballons touchés, deux essais. Malheureusement, une maladie génétique des reins le contraint à quitter les terrains à seulement 26 ans.

Basil McLear (Irlande)

Lorsque ce fils de médecin de Bedford fut affecté par l’armée britannique à Fermoyd, dans le comté de Cork, la Fédération irlandaise lui offrit d’endosser le maillot au trèfle. Ce redoutable centre-ailier de 83 kilos répartis sur 1,82 mètres aux courses dévastatrices, y connut de formidables succès. Il battit l’Angleterre 3 fois en 3 matchs. Il tomba face à l’ennemi lors de la première guerre mondiale.

Tony O’Reilly (Irlande)

Sélectionné pour la première fois à moins de 19 ans, O’Reilly le fut pour la dernière à presque trente-quatre. Mais il ne joua jamais aussi bien que sous le maillot des Lions Britanniques en 1955 et 1959. Ailier ou centre de gabarit impressionnant pour l’époque (1,85 mètres, 90 kilos), ses déboulés puissants étaient bien difficiles à arrêter. En outre, sa carrière d’homme d’affaires est rutilante puisqu’il est devenu l’une des plus grosses fortunes des îles britanniques.

Les centres

Jean Dauger (France)

Centre de haute taille, 1,82 mètres, pour un poids respectable, 84 kilos, Jean « Manech » Dauger est l’image même de son club, l’Aviron Bayonnais, de son jeu allègre. Il marqua 60 essais lors d’une même saison ! Champion de France en 1943, il fut le modèle et l’inspiration de la grande lignée des centres français. Son passage au rugby à XIII (où il fut aussi Champion de France et international) pour un prix dérisoire lui coûta la carrière internationale qu’il méritait. Mais, au moins, il participa à une rencontre du Tournoi en 1953 après sa requalification. Récemment disparu, la ville de Bayonne a décidé, à l’unanimité, de donner son nom au stade Saint-Léon, où il devint une légende.

Danie Gerber (Afrique du Sud)

Tous ceux qui ont vu jouer Danie Gerber vous le diront : le trois-quarts centre des Springboks avait tout pour être sacré meilleur centre de sa génération. Et sans l’isolement auquel fut contraint le rugby sud-africain, Danie Gerber aurait sans doute été la star des années 80. Il possédait des qualités physiques au-dessus de la moyenne et notamment une pointe de vitesse redoutable qui le transformait en véritable bombe, sans oublier une excellente technique et une finesse remarquable, compromis idéal.

Mike Gibson (Irlande)

Avocat de profession, trois-quarts centre des fameux Lions Britanniques, capable d’évoluer indifféremment à l’ouverture et au centre, il fut à lui seul le Maso/Trillo du rugby irlandais pendant une décennie, où son intelligence et sa technique firent merveille.

Tim Horan (Australie)

Sans doute l’un des tous meilleurs joueurs de tous les temps. L’un des meilleurs centres en tous cas. Dix ans après son arrivée sur la scène internationale avec l’Australie à 20 ans, champion du monde en 1991, il fut élu meilleur joueur de la Coupe du monde 1999, que l’Australie remporta à nouveau et dans laquelle il fut pour beaucoup. 79 sélections, un talent et un physique exceptionnels, surtout quand on sait qu’il aurait pu définitivement arrêter sa carrière après une grave blessure au genou au milieu des années 90.

Jo Maso (France)

« L’Ange Blond des stades » pour les uns, « Le Petit Prince du Parc » pour les autres, Jo séduisait par ses allures de dandy, un corps délié et un gracieux port de tête, mais aussi par sa gestuelle irréprochable. Sa rigueur et sa discipline mises en doute, on lui a souvent préféré des joueurs laborieux à une époque où la beauté, la grâce et la différence dérangeaient. Jo aurait décroché bien plus que ses 25 sélections si l’on avait pas craint son esprit créatif susceptible de multiplier les prises de risques.

Philippe Sella (France)

111 sélections. C’est le record de France et du monde. Deux fois Champion de France avec Agen, il a fini sa carrière dans le club londonien des Saracens. A la fois rapide, physique et technique, plaqueur émérite, considéré comme le meilleur trois-quarts centre du monde pendant presque une décennie. Trois Coupes du monde disputées (finaliste en 1987), il est aussi un homme attachant et droit.


Les demis d’ouverture

Naas Botha (Afrique du Sud)

Naas Botha restera dans l’histoire comme l’un des buteurs les plus prolifiques, les plus doués de tous les temps, capable de donner au ballon des trajectoires millimétrées, sans oublier ses réelles qualités d’attaquants. C’est d’ailleurs pour cela qu’il fut recruté par l’équipe de football américaine des Cow Boys de Dallas. Longtemps véritable dieu du rugby sud-africain mais aussi honni par ses coéquipiers tant il pouvait se montrer hautain et plein de morgue.

Mark Ella (Australie)

Demi d’ouverture de génie, Mark Ella, souvent associé à son frère Glenn, fut le premier aborigène international du rugby australien au début des années 80. S’il reste aujourd’hui un fait de société, sa présence sur le terrain ne fut politiquement qu’une oasis en plein désert. Mais le joueur restera toujours comme l’un des plus grands de sa génération.

Barry John (Pays de Galles)

Avec le roi Gareth Edwards, il a formé la paire de demis royale du Pays de Galles, celle qui a mis sur orbite cette équipe hors-normes qui allait s’illustrer dans les années 70, ces « crowning years » (« années couronnées ») auquel le rugby gallois rêve toujours. Véritable génie de ce jeu, Barry John était capable de tous les exploits, dans une apparente facilité admirée de tout un peuple, pourtant plus enclin à célébrer les rudes avants issus de la mine.

Jack Kyle (Irlande)

L’homme si longtemps oublié constitue l’honneur de tout le rugby. Par son talent qui fit de lui la référence du jeu de demi d’ouverture de son temps. Quarante-six sélections de 1947 à 1958. Hors du terrain, on ne peut pas se départir d’une admiration vraie pour ce missionnaire laïque des quartiers difficiles d’une île tourmentée par la violence. Il a choisi ensuite d’exercer son métier de chirurgien loin des pompes et des ors, en Zambie.

Michael Lynagh (Australie)

Jusqu’à la Coupe du monde 1999 et l’exploit du Gallois Neil Jenkins, Michael Lynagh détenait le record des points marqués dans une carrière internationale : 911 en 72 matchs. Demi d’ouverture des Wallabies de 1984 à 1995 et de sa province du Queensland, artisan du titre mondial de 1991, il mit un terme à sa carrière internationale après sa 3e Coupe du monde en 1995. Il continua de jouer pour le club anglais des Saracens jusqu’en 1998.

Cliff Morgan (Pays de Galles)

Vingt-neuf fois international de 1951 à 1958, voilà qui suffit à donner la mesure précise de ce demi d’ouverture typiquement gallois avec une excellente distribution au pied et le sens du changement de pied en course. En outre, « le Barde de Kenfig Hill », surnommé ainsi en raison de son talent au chant choral et de sa foi religieuse, connut une formidable carrière à la télévision. L’homme savait y parler du rugby. Titulaire de l’Ordre de l’Empire Britannique.

Bennie Osler (Afrique du Sud)

Un autre « Monsieur Drop », demi d’ouverture de la Western Province, capitaine des Springboks en tournée européenne en 1961, autoritaire, il imposait à ses partenaires et adversaires un jeu bloqué, serré et parfois sans grâce. Mais l’essentiel, jadis comme aujourd’hui, est de gagner.

Hugo Porta (Argentine)

Il demeurera une légende du rugby argentin et du rugby en général. Par ses talents d’attaquant et de buteur, il a tiré à lui seul les Pumas vers le haut, et pendant des années. Il était notamment capitaine des vainqueurs des Springboks sud-africains sur leurs terres dans les années 80. Un exploit retentissant. Cette aura acquise sur tous les terrains du monde lui a valu de devenir l’un des personnages les plus en vue de l’Argentine, une fois les crampons raccrochés, au point d’être nommé ambassadeur… en Afrique du Sud.

Richard Sharp (Angleterre)

Les presque septuagénaires se souviennent avec un certain effroi de Richard Sharp. Non que l’homme présentait un gabarit exceptionnel : 1,83 mètres pour 76 kilos. Mais ce demi d’ouverture, éduqué aux meilleurs endroits, Blundell’s et Oxford, avait un tel sens de l’esquive et du contre-pied, qu’il constituait un danger permanent dans les 22 mètres adverses. Ses réussites en rencontres internationales ne se comptent plus et on garde le souvenir du superbe essai inscrit contre la France en 1960 avec une apparente facilité insolente.

Les demis de mêlée

Ken Catchpole (Australie)

« Catchie » était le demi de mêlée de l’équipe d’Australie pendant les années 60, lorsque les Wallabies traversaient la période de vaches maigres. Pourtant, derrière des packs chahutés, il arrivait, avec la complicité de Hawthorne à l’ouverture, à lancer des lignes arrières talentueuses et allègres. L’homme mérite ainsi largement ses vingt-sept sélections internationales.

Gareth Edwards (Pays de Galles)

53 sélections au long de 11 saisons, sans parler de ses matchs pour les Lions Britanniques, voilà qui suffit à donner la mesure précise de ce demi de mêlée gallois, solidement ancré sur ses jambes de feu, avec une vision de jeu étonnante, un plaquage dévastateur, une distribution du ballon sans faute comme le jeu au pied. Gareth Edwards est devenu l’aune à laquelle on juge les porteurs du numéro 9. Les téléspectateurs du monde entier se souviennent de l’invraisemblable essai qu’il marqua contre l’Ecosse en 1972 au terme d’une époustouflante course solitaire, entre autres. Considéré comme le « joueur du siècle » par la plupart des spécialistes du jeu.

Nick Farr-Jones (Australie)

Capitaine des Australiens Champions du monde en 1991, Nick Farr-Jones était considéré comme le meilleur demi de mêlée de la planète. Excellent passeur, stratège hors-pair, il était également un meneur d’hommes à toute épreuve. Et il lui fallait effectivement de sacrées qualités pour s’imposer dans cette équipe constellée de vedettes et de fortes personnalités. Il l’en était le cerveau, sobre et s’alliant parfaitement à l’esprit d’initiative d’un Michael Lynagh.

Max Rousié (France)

Un jour, Jean Dauger confia que Max Rousié était le meilleur. Il faut prendre l’hommage d’où il vient, absolument exceptionnel. Le petit Lot-et-Garonnais savait à peu près tout faire sur un terrain : attaquer, défendre, plaquer, buter, autant XV qu’à XIII. Vigoureux, robuste, tonique, gagneur, « Maxou » avait tout pour réussir. Le drame est qu’il rata sa vie avant de gagner sa lutte contre l’alcoolisme. Peu après, il se tua dans un accident de la route.

Philippe Struxiano (France)

Doté d’une excellente passe et d’un art du coup de pied aussi remarquable que son caractère était bien trempé, « Struc » vit sa carrière interrompue par la première guerre mondiale et ses mauvais rapports avec les officiels. Peut-on oublier qu’il fut capitaine du Stade Toulousain invaincu de 1912 (« La Vierge Rouge ») comme de la première équipe de France victorieuse dans les îles britanniques ?

Joost Van Der Westhuizen (Afrique du Sud)

Un monstre du rugby international passé professionnel. Champion du monde en 1995 alors qu’il n’avait que 24 ans (il débuta en 1993), il compte 58 sélections. Grand bonhomme de la Coupe du monde 1999 pour les Springboks (troisièmes), il fait désormais partie des meilleurs demis de mêlée de l’histoire du rugby. Héroïque de courage et de volonté, capable de changer l’issue d’un match à lui tout seul, il aura marqué la dernière décennie du siècle.

Les troisième ligne centre

Morne Du Plessis (Afrique du Sud)

Numéro huit au grand rayon d’action, capitaine exemplaire, Morne Du Plessis possédait une aura qui dépassait largement le cadre sud-africain. Libéral anglophone opposé à l’apartheid et aux Afrikaners purs et durs, joueur d’une grande intelligence, il préfigurait le numéro 8 moderne. Manager des Champions du monde 1995, il fit beaucoup pour l’image de cette équipe et la réconciliation des Springboks avec toute l’Afrique du Sud.

Brian Lochore (Nouvelle-Zélande)

Avant de référence, exploitant agricole et éleveur dans la province de Wairapapa dans la Nouvelle-Zélande profonde, Brian « Brave » Lochore a été vingt-cinq fois appelé en équipe nationale comme troisième ligne centre ou deuxième ligne. En outre, son rôle de capitaine fut souvent déterminant (seulement 3 défaites en 25 tests-matchs de 1963 à 1971). Titulaire de l’ordre de l’Empire Britannique pour services rendus au rugby.

Billy Millar (Afrique du Sud)

Capitaine des Springboks en tournée invaincue en Europe au début du siècle, avant infatigable, fin stratège et inspirateur de son équipe. Billy Millar fut comabttant de la guerre des Boers et de la première guerre mondiale (lieutenant, blessé sept fois). En outre, ce qui le rend sympathique, il assura d’éminentes fonctions dans une célèbre société de vins et spiritueux.

Wayne Shelford (Nouvelle-Zélande)

Carrière courte mais exceptionnelle du numéro huit de Rotorua sous le maillot à la fougère argentée. Entré chez les All Blacks en 1985, il en ressortit en 1990 en ayant disputé quarante-huit matchs dont 22 tests et inscrit 22 essais. Le successeur de David Kirk au capitanat des Blacks les conduisit, de 1987 à 1990, à une série inégalée de 19 rencontres sans défaite.

Walter Spanghero (France)

Né en 1945 à Payra-sur-l’Hers, dans l’Aude, troisième ligne centre ou aile, ou deuxième ligne, cinquante et une sélections de 1964 (victoire en Afrique du Sud) à 1973, force et courage mêlés. Un nom qui a donné à la discipline ses lettres de noblesse, mis du beurre dans les haricots, et permis de localiser Bram (où vit la « tribu » Spanghero, six frères rugbymen dont deux internationaux) sur la carte. Et drôle de prénom qui suffit aujourd’hui à situer son possesseur.

William Wavell Wakefield (Angleterre)

On l’appelait « Wakers » comme on dit « Twickers » pour Twickenham. Il constituait en fait une institution du rugby d’Angleterre. Comme joueur en troisième ligne, aile ou centre, trente-et-une fois international de 1920 à 1927, de nombreuses fois capitaine, président de la Rugby Football Union. Entré en politique, il fut anobli comme le premier Lord Wakefield of Kendal, en témoignage de ses multiples activités dans le cadre du sport et des affaires.


Les troisième ligne aile

John Bannerman (Ecosse)

C’est l’homme qui illustre le mieux le rugby écossais de l’entre-deux-guerres lorsque les avants, bave aux lèvres, cheveux au vent et godasses traînantes, dévalaient le terrain avec d’impressionnants « dribblings » (déroulés au pied) qui épouvantaient les adversaires et enchantaient les terrasses de Murrayfield. Intellectuel de haute volée, ancien d’Oxford, président du parti libéral écossais, président de la Scottish Rugby Football Union de 1951 à 1955, il devint pair du royaume en 1957.

Michel Crauste (France)

Défenseur acharné, roi de la « cravate » (non-sanctionnée à l’époque), ce grand coureur était le poison des trois-quarts qu’il se plaisait à pister. Premier joueur complet, il n’était pas qu’un défenseur teigneux. Attaquant formidable de l’armada lourdaise des années 50, on remarquait cet athlète avant l’heure, par sa vitesse de course, sa grande disponibilité sur le terrain et sa détente, préfigurant le troisième ligne moderne. 63 sélections, capitaine et meneur d’hommes, le « Mongol » (pour ses moustaches) montrait la voie.

John Jeffrey (Ecosse)

Plus dur au mal, plus poison, il n’y avait pas. Le fermier de Kelso, entre 1984 et 1991, forma, avec Calder et White, la plus redoutable troisième ligne du monde. 11 essais, 42 capes, le Grand Chelem 1990 et une demi-finale de Coupe du monde en 1991. Et le « Requin Blanc » choqua toute l’Angleterre en 1988, se servant de la Calcutta Cup comme d’un ballon de football.

Michael Jones (Nouvelle-Zélande)

Le « flanker » des All Blacks restera comme l’un des tous meilleurs troisième ligne au monde. Véritable trouvaille de la première Coupe du monde en 1987, Michael, moitié Néo-Zélandais, moitié Samoan, a imposé un nouveau style par sa puissance et ses qualités athlétiques : accélérations, crochets, détente verticale et déplacements précis et supersoniques. Au-dessus de ses performances sous le maillot noir, cet homme atypique, très croyant, refusa de jouer la demi-finale de la Coupe du monde parce qu’elle se jouait un dimanche. Personne ne le fera changer d’avis en 10 ans de carrière exemplaire.

Noel Murphy (Irlande)

Il offre la caractéristique d’être à la fois le fils et le père d’internationaux irlandais. Troisième ligne vigoureux, voire féroce, il porta le maillot au trèfle plus de quarante fois, de 1958 à 1969. Homme d’affaires aux intérêts variés, figure de sa ville natale de Cork, il fut président de son club.

Jean Prat (France)

Prototype du joueur complet, « Monsieur Rugby », comme l’avait surnommé les Britanniques, titulaire de 51 sélections et de 6 titres de Champion de France avec son cher FC Lourdes. Intelligent, gagneur, doté d’un coup de pied remarquable due à sa formation polyvalente, ce grand capitaine fut l’image du rugby français de son temps. « Jeannot » devint entraîneur, mena les Tricolores à la victoire contre les Springboks sud-africains en 1964. Puis les jalousies l’écartèrent des postes de responsabilité, ce qui est consternant.

Fergus Slattery (Irlande)

Connu pour son abattage, ses jaillissements et sa grosse activité en défense, ce fut le moteur du pack irlandais tout au long des années 70, où les visites à Lansdowne Road ne furent jamais des parties de plaisir. Avocat de profession et gentilhomme.
Les deuxième ligne

Les deuxième ligne

Bill Beaumont (Angleterre)

Deuxième ligne de l’équipe d’Angleterre puis capitaine à partir de 1978. Son premier match contre la France, au Parc des Princes, le 20 mars 1975, se solde par un sévère 30-9 synonyme de cuillère de bois pour le XV à la Rose. Son dernier, le 21 mars 1981, à Twickenham, par un 16-12 synonyme de Grand Chelem français. Mais l’année précédente, Bill Beaumont, le géant capitaine, à la fois gentleman et féroce, avait remporté le sien. Il est devenu depuis un dirigeant respecté du rugby anglais.

Benoît Dauga (France)

Preneur de balle incomparable en touche, spécialisé dans les charges au long cours, tour à tour deuxième ligne et numéro huit, « le Grand Ferré » était aussi reconnu pour son immense courage. On dit notamment que sans lui, la fameuse bagarre de Springs (Afrique du Sud 1971) aurait été toute autre…

Frik Du Preez (Afrique du Sud)

Encore un homme sans peur à défaut d’être sans reproches. Mais Du Preez ne brillait pas uniquement par ses talents de boxeur. Troisième ligne ardent et maître dans l'art du plaquage désintégrant, deuxième ligne exceptionnel dans le gain de la balle, malgré une taille réduite pour le poste (1,85 mètres), buteur efficace, il est resté profondément dans le cœur des supporters de sa ville de Prétoria.

John Eales (Australie)

Le deuxième ligne du Queensland découvrit le concert international en 1991 face au Pays de Galles, avant d’être sacré Champion du monde la même année. Huit ans et 70 sélections plus tard, il était le capitaine des Wallabies à nouveau Champions du monde en 1999. Grand deuxième ligne, immense capitaine, Eales restera aussi le joueur capable de tout faire sur un terrain. Preuve en sont ses 160 points inscrits en matchs internationaux (pénalités et transformations pour l’essentiel) qui le classent dans les meilleurs marqueurs australiens de l’histoire. Surnommé « Mister Nobody » parce que… « Nobody is perfect ».

John McBride (Irlande)

Longtemps capitaine du XV d’Irlande et des Lions Britanniques de 1974, ce fut l’un des plus grands deuxième ligne du rugby mondial à travers les âges. Guerrier infatigable, bon joueur de touche, il en imposait à tous.

Colin Meads (Nouvelle-Zélande)

Cinquante-cinq sélections comme deuxième ligne et troisième ligne centre ou aile, de 1957 à 1971, « le Pin » constitue l’âme du rugby néo-zélandais comme joueur (très, très, très agressif), capitaine, entraîneur, dirigeant et… bon buveur de bière. Dans la vie, éleveur de bovins et de chevaux, il a signé un livre de souvenirs qui a connu un stupéfiant succès de librairie.

Les piliers

Graham Price (Pays de Galles)

Avec ses deux compères de Pontypool (Bobby Windsor et Charly Faulkner), il forma une première ligne redoutable sur les fondations de laquelle se constituèrent bien des succès gallois dans les années 70. D’une énorme puissance en mêlée, il savait également à l’occasion tâter du ballon. Un monument.

Alferd Roques (France)

Arrivé fort tard au rugby, le pilier de Cahors Alfred Roques, « le Pépé du Quercy », glana 30 sélections autour des années soixante. Doté d’une force peu commune, instrumentant à gauche comme à droite, il fut de la victoire française en Afrique du Sud en 1958 et du premier succès Tricolore dans le Tournoi des cinq Nations en 1959.

Wilson Whineray (Nouvelle-Zélande)

Il fait partie des légendes du rugby néo-zélandais. Il a décroché 32 sélections de 1957 à 1965, dont 30 en tant que capitaine, ce qui en fait le joueur ayant le plus commandé les All Blacks derrière Sean Fitzpatrick. Et seulement deux défaites… Un chef incontesté, une référence. Auteur de l’expression définitive : « Les grandes équipes ne meurent jamais ».

Les talonneurs

Colin Deans (Ecosse)

D’une grande mobilité, ardent au combat comme peut l’être un joueur du Chardon, fin technicien, Colin Deans fut bien le prototype du talonneur moderne, à l’image d’un Alain Paco (de Béziers et de France). Il ne possédait certes pas un physique extraordinaire mais compensait cela par un courage et une activité débordantes.

Philippe Dintrans (France)

Talonneur explosif au tempérament de feu, Philippe Dintrans, le Tarbais, fut de tous les combats du XV de France. Il remporta une victoire historique en Nouvelle-Zélande en 1979 ainsi qu’un Grand Chelem en 1981. On se souvient de la fougue qui l’animait dès l’instant où il portait le maillot bleu.

Sean Fitzpatrick (Nouvelle-Zélande)

Avec 92 capes, il est recordman néo-zélandais. Fils de Brian (22 fois sélectionné), il fut pendant 11 saisons, de 1986 (débuts contre la France) à 1997 (tournée dans les îles britanniques), le talonneur attitré des All Blacks, avec 63 test-matchs d’affilée. Durant cinq saisons (de 92 à 97), il sera capitaine cinquante et une fois. Homme de records et leader phénoménal.

Les dirigeants

James Aikman Smith (Ecosse)

L’Ecosse a traîné longtemps une réputation de conservatisme social, voire d’esprit de réaction devant toute évolution et d’exécration vis-à-vis de tout ce qui pourrait mener à quelque chose d’abominable, la tentation du professionnalisme. Le grand prêtre de ce dogme s’appelait James Aikman Smith. On doute fortement que l’homme ait jamais joué au rugby, mais il exerça son pouvoir d’une main de fer comme dirigeant de la Scottish Rugby Union, secrétaire, trésorier, représentant de district, vice-président, président enfin de 1888 à 1927. Ce petit homme rond à moustache et bésicles donna ainsi sa marque pour longtemps jusqu’à il y a quelques années à tout le rugby calédonien.

Henry Charles Blazey (Nouvelle-Zélande)

Henry Charles « Ces » Blazey offre la caractéristique parmi les présidents de la Fédération néo-zélandaise d’être un joueur modeste, puisqu’on ne le connaît pas comme sélectionné, même provincial. Mais son rôle dans le monde sportif néo-zélandais ne se discute pas : président de la New Zealand Rugby Football Union de 1977 à 1986, membre de l’International Rugby Board de 1964 à 1986 et du Comité des Lois de 1972 à 1985. En outre, président de la fédération d’athlétisme de son pays, membre des comités d’organisation des Jeux du Commonwealth, du Comité olympique néo-zélandais, il représenta ainsi son pays à un moment où les problèmes posés par l’Afrique du Sud constituaient un douloureux problème.

Daniel Craven (Afrique du Sud)

Daniel « Danie » Hartman Craven a marqué de son exceptionnelle personnalité le monde du rugby pendant plus de soixante ans : de 1931, année de sa première sélection en équipe d’Afrique du Sud, à 1993, celle de sa mort. Joueur, Springbok sélectionné à quatre postes différents, technicien, théoricien, auteur, entraîneur, dirigeant, président de la Fédération de son pays de 1956 à son décès dans sa chère ville de Stellenbosch dont il fut la figure rayonnante et le « gourou ». Il eut à surmonter les problèmes politiques qui affectaient le rugby sud-africain pendant les difficiles années qui vont de la décennie 1960 à l’unification au début des années 90. Son génie ondoyant sauva l’essentiel, ce qui constitua une sorte de miracle. Il mérite bien d’avoir son buste à l’Université de Stellenbosch dont le stade porte son nom : Daniel Craven Stadium.

Henry Dunlop (Irlande)

Le monde du rugby connaît Henry Dunlop. Seulement, il ne sait pas qu’il le connaît. L’homme fut l’âme, jusqu’à sa mort en avril 1930, du grand club dublinois de Lansdowne. Et surtout, ce haut fonctionnaire polyglotte, à la maîtrise parfaite du français et de l’allemand, est à l’origine du plus vieux stade international du rugby mondial, Lansdowne Road, qui, à chaque visite, enchante ses visiteurs. Jamais grand rugbyman mais athlète de qualité, également danseur, musicien, sculpteur et peintre, dirigeant dévoué, ce membre de la grande bourgeoisie témoigne de la haute société protestante et éclectique qui présida aux premiers temps du rugby d’Erin.

Albert Ferrasse (France)

Albert Ferrasse assuma la charge, l’honneur et, pour lui, le plaisir de diriger la Fédération française de 1968 à sa retraite volontaire en 1991. Un long bail où il exerça son magistère avec jubilation d’une main de fer. Comme il dit : « Les opposants, on les a virés ». En fait, « Tonton » s’appuya sur l’opinion interne qu’il séduisit par sa rondeur de « radical d’extrême centre », tout en se ménageant des sympathies politiques de tous bords. Solide deuxième ligne, Champion de France avec son cher club d’Agen en 1945, dont il assuma plus tard la présidence, remplaçant en équipe de France, arbitre, il connut la réussite dans le monde des affaires. Il fut même président de l’International Rugby Board, ce qui représente une réussite unique pour quelqu’un ne parlant pas anglais. Sa boutade : « Les Anglais, je les admire, mais je ne les aime pas », a beaucoup fait rire en France.

Horace Lyne (Pays de Galles)

Horace Lyne présida la Fédération galloise pendant plus de quarante ans et la représenta à l’International Rugby Board. Autant dire qu’il fut la conscience des vallées minières au début du siècle. Cet ancien joueur et arbitre international fut un strict défenseur des petites gens du rugby. Il refusa ainsi que les joueurs aient à participer aux frais de déplacements. C’eût été barrer la dignité internationale aux prolétaires. Minoritaire parmi les Britanniques, il contribua à maintenir dans le giron du jeu les rugbymen gallois. A ce titre, ce grand bourgeois, notable de sa chère ville de Newport, mérite la reconnaissance.

George Rowland Hill (Angleterre)

Représentant de la seconde génération des bourgeois de l’ovale, Sir George Rowland Hill a quitté l’école à 15 ans et rentre, après quelques aventures, au service de l’Etat Civil dont il deviendra directeur. Après avoir traversé le rugby actif, il consacre sa vie au développement et à l’organisation du jeu comme dirigeant et arbitre. Avant d’être élu 18e président de la Rugby Football Union. Son extraordinaire disponibilité est récompensée par l’anoblissement pour services rendus au rugby. Il eut droit, à son décès en avril 1928, à une nécrologie dans le Times qui l’aurait ravi : « Amateur des amateurs et conservateur des conservateurs ».

Nicholas Shehadie (Australie)

La Fédération australienne est la plus jeune. Elle vit simplement le jour en 1949 par la fusion du Queensland et de la Nouvelle-Galles du Sud. La liste des présidents est courte. Elle comprend toutefois le nom d’une personnalité rutilante et à part : Nicholas Shehadie, fils d’un… prêtre de l’Eglise orthodoxe d’Antioche, est né en 1926 à Sydney. Il ne fréquente pas d’établissements scolaires huppés mais entra vite dans la vie active. La démarche ne fut pas préjudiciable puisqu’il devint un homme d’affaires à la très large aisance et en politique, membre du parti libéral, 33e Lord Maire de Sydney. Ce titulaire de la décoration de l’Ordre de l’Empire Britannique n’était pas, en outre, un rugbyman d’opérette : 30 sélections de 1947 à 1958 comme pilier, deuxième ligne et troisième ligne.


Sélection de Midi Olympique, l’hebdomadaire français du rugby



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