Le FC Lourdes: la religion du jeu de ligne

Le Football Club lourdais a dominé le rugby français d’après la Libération.
Rappel d’une hégémonie fille de rigueur et d’un jeu de passes
aujourd’hui encore inégalé.


Photo : Contre Pau en 1958, Jean Prat à la relance, capitaine
de la grande époque du FC Lourdes et du XV de France

Dix finales, sept titres de Champion de France, plus une Coupe de France et trois Challenge Du-Manoir, tel est le palmarès du Football Club de Lourdes entre 1945 et 1960, avec une décennie glorieuse (48-58) et six Boucliers de Brennus, dont trois consécutifs (56, 57, 58). Une longue domination pour une cité, fût-elle mariale, d’une quinzaine de milliers d’habitants, qui trouve sa source dans l’ambition de quelques hommes relayée par cette volonté collective qui caractérise les grandes équipes. Une trilogie président-entraîneurs-joueurs qui réapparaîtra vingt ans plus tard à Béziers et trente à Toulouse…
Antoine Béguère avant tout: maire de Lourdes et chef d’entreprises florissantes (dont celle qui construisit la basilique souterraine dans les années 50), il avait été un bon troisième ligne avant de devenir un grand président, parce qu’à la fois véritable ‘’patron’’ moral et financier, mais aussi irremplaçable catalyseur d’énergies, son légendaire béret toujours vissé sur le crâne…
Henri Bordes et Henri Laffont ensuite: entraîneurs entraînants, éducateurs compétents, sachant jauger les hommes et juger de leur comportement, ils contribuèrent beaucoup à l’élaboration de ce ‘’fond de jeu’’ qui fit la gloire d’une exceptionnelle génération de joueurs.
Les joueurs, enfin, intelligemment recrutés, soit en Bigorre même (comme Saint-Pastous ou le grand Robert Soro), soit dans les comités voisins, comme le Béarn (Buzy, Bourdeu, Estrade, Labarthète, Taillantou, les frères Lacaze), soit en Pays Basque (Manterola, Martine), soit même en Languedoc (Rancoule et les frères Labazuy).
De véritables ‘’Barbarians’’ de Bigorre auxquels il convient d’ajouter une belle brochette d’authentiques Lourdais, parmi lesquels les frères Prat évidemment (c’est leur père qui avait vendu l’un de ses prés en 1927 pour permettre la construction du stade), mais aussi les Barthe, Domec, Guinle, Laffont, Calvo et compagnie… Comment a pris la ‘’mayonnaise’’ de ce jeu de mouvement, joué à quinze et donnant priorité au jeu de ligne, au surnombre et à l’évitement, sans pour autant négliger l’indispensable combat au niveau des conquêtes ?
Comme toutes les équipes performantes, celle du FC Lourdes possédait des entraîneurs et des joueurs sur la même longueur d’ondes, parce que convaincus que seul le jeu qu’ils ambitionnaient était capable de les faire rois d’Ovalie.
A cet égard, les entraîneurs Bordes et Laffont eurent la chance de pouvoir compter sur des leaders de caractère, aussi efficaces en match que bosseurs impénitents à l’entraînement, en tête desquels il serait injuste de ne pas citer les frères Prat.
‘’Jeannot’’, le polyvalent génial, professionnel avant l’heure (au bon sens du terme), aussi exigeant avec lui-même qu’avec ses partenaires, allant jusqu’à gifler son propre frère Maurice, lors d’un Lourdes-Agen, parce qu’il n’avait pas respecté les consignes…
Car à Lourdes, l’individu s’effaçait toujours devant le collectif. Et Maurice Prat, précisément, qui forma avec Roger Martine l’une de paires les plus célèbres du rugby français, était exemplaire à cet égard, lui qui éleva la passe au niveau d'une ‘’institution’’, comme une offrande faite au partenaire et répétée mille fois à l’entraînement. Collectif récompensé en 1958 par la sélection de sept de ses joueurs en équipe de France, dont l’intégralité de la ligne de trois-quarts (Rancoule, Martine, M. Prat, Tarricq) lancés par Antoine Labazuy à l’ouverture !
Combien d’essais furent marqués sur la célèbre ‘’opération Casquette’’, surnom de François Labazuy, le demi de mêlée qui lançait la combinaison avec un troisième ligne aile, et l’arrière intercalé entre les centres ? Et sur la ‘’Jeanjean’’, la ‘’Cla’’ ou l’un de ces coups de pied de recentrage tirés au cordeau ? Et que de bonheur offert, durant une décennie, à tant et tant d’amateurs de rugby qui, souvent, parcouraient des centaines de kilomètres pour le simple plaisir de voir du ‘’beau jeu’’…

Jacques Souquet



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