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Viva la badajita !
S’il est deux pays de rugby où
la mêlée a toujours été sacralisée,
c’est bien la France et l’Argentine, le pays de la fameuse
‘’badajita’’.
Faut-il y voir l’esprit latin qui
pousse un peu sa ‘’corne’’ de part et d’autre
de l’Atlantique ? Ou l’affirmation orgueilleuse d’une
différence essentielle avec les Anglo-Saxons qui, pourtant,
prétendent que ‘’no srum, no win’’
(‘’pas de mêlée, pas de victoire’’)
? Ou plus simplement le souvenir impérissable laissé
par les trois tournées de l’équipe de France
au pays des gauchos en 1950, 1954 et 1960 ?
Toujours est-il qu’à partir des années 50, les
Français firent de plus en plus souffrir leurs adversaires
en mêlées fermées, n’hésitant pas
au passage à faire preuve d’un certain courage, lors
de ces entrées en bélier, avec cinq mètres
d’élan, quand il s’agissait de gagner la ‘’tête
de mêlée’’ tête contre tête.
Pour s’en convaincre, il faut avoir entendu l’Ariégeois
Aldo Quaglio, troisième ligne aile à Mazamet, et pilier
(droit puis gauche) du Quinze de France de la fin des années
50, décrire les bosses qui déformaient sa tête
après avoir passé l’après-midi du 1er
mars 1958 à river sa tête contre celle de son talonneur
Robert Vigier pour empêcher le pilier anglais de prendre ‘’sa’’
place en mêlée !
Il est vrai que si les grands attaquants français ont toujours
été les favoris du public, c’est toujours la
mêlée qui a été la phase de jeu la plus
symbolique du rugby en tant que sport de combat. Au point que nombre
de supporters pardonnaient volontiers une défaite à
leur équipe à condition que leur mêlée
n’ait jamais reculé. Et il faut bien admettre qu’aujourd’hui
encore, malgré toutes ces nouvelles règles qui ont
peu ou prou ‘’émasculé’’ cette
phase de jeu, la première mêlée du match est
toujours attendue avec impatience, tellement elle donne souvent
le ton au match tout entier…
Pourtant, l’espace d’une tournée, la mêlée
française, héritière de la ‘’fantastique’’
de 1961 et des ‘’Bestiaux’’ de 1964, trouva
à qui parler un certain 20 juin 1974 à Buenos Aires.
Ce jour-là, elle fit connaissance avec la ‘’badajita’’
(littéralement la ‘’petite basse’’)
et en resta marquée. Le pilier basque de l’Aviron Bayonnais
Jean Iraçabal, solide de chez solide (appelé ‘’l’homme
qui ne recula jamais’’ sur tous les terrains de France
et de Navarre, ‘’undominatable’’ par les
Néo-Zélandais), s’exclama dans les vestiaires
après le match : « Depuis plus de quinze ans que je
joue au rugby, je n’ai jamais vu une chose pareille ! »
Plus près de nous, nul n’a oublié la cérémonie
infligée aux Anglais par les Argentins lors de leur premier
match de poule de la Coupe du monde 1995, péniblement gagné
par les l’Angleterre grâce aux 24 points au pied de
Rob Andrew et un arbitrage très ‘’britannique’’
de l’Ecossais Fleming sanctionnant les ‘’Pumas’’
sur de dangereuses mêlées près de la ligne anglaise
en fin de match…
Cette ‘’badajita’’ avait été
enseignée aux Argentins par un entraîneur sud-africain,
Izaac Van Heerden, détaché par le président
de sa fédération Dannie Craven en 1965 avant la tournée
en Afrique du Sud des ‘’Jaguars’’…
qui furent rebaptisés définitivement ‘’Pumas’’
à cette occasion. Au début des années 70, elle
fut cultivée par Don Francisco Ocampo, l’entraîneur
du San Isidro Club de Buenos Aires, le célèbre ‘’SIC’’,
dont toute la première ligne était issue lors des
deux dernières victoires sur la France…
De quoi s’agit-il ? Pour simplifier, grâce à
l’inversion des appuis des piliers (très fléchis
donc très bas avant l’introduction), l’épaule
intérieure sortie du côté du talonneur qui ne
talonne plus (il reste en position de poussée avec ses deux
pieds au même niveau) et de nouvelles liaisons entre tous
les avants (notamment une prise extérieure des deuxièmes
lignes sur les piliers), de concentrer toute la poussée du
pack sur le talonneur adverse en évitant des efforts antagonistes,
pour s’enfoncer comme un coin au cœur de la mêlée
adverse et la déstabiliser.
Une technique si efficace que le capitaine français de 1974,
Jacques Fouroux, la reprendra à son compte (en l’adaptant)
dans les années 80 en tant qu’entraîneur de l’équipe
de France, tout comme Michel Ringeval à Montferrand puis
à Grenoble et Jacques Brunel à Auch, à Colomiers
et aujourd’hui en équipe de France, où il est
adjoint de Bernard Laporte.
Jacques Souquet

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