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Les 5 plus belles finales du Championnat de
France
1913
LE JEU « À LA BAYONNAISE »
Aviron Bayonnais-SCUF 31-8 |
Avec les règles
actuelles, cette finale se serait terminée sur le score
de 43-12. Devant 20 000 spectateurs, à Colombes, les
Basques inscrivirent la bagatelle de sept essais contre seulement
deux aux Parisiens qui avaient pourtant fait le spectacle
en début de rencontre, malheureusement pour eux, sans
efficacité. Les Scufistes présentaient pourtant
des gabarits bien plus impressionnants et des individualités
plus brillantes que leurs adversaires provinciaux, puisque
neuf de leurs joueurs devaient porter le maillot tricolore,
dont le célèbre Biterrois Jules Cadenat.
Mais le jeu dit « à la bayonnaise » n’était
pas un vain mot. Témoin, ce troisième essai
inscrit par l’ailier Victor Labaste après un
mouvement impulsé par son alter ego Charles Forgues,
qui avait balayé tout le terrain. Mais le vrai héros
de la rencontre se nomma Eugène Lissalde. Il mesurait
1,70 m, ce qui ne l’empêchait pas de jouer…
deuxième ligne. Il fut l’auteur de la bagatelle
de quatre essais. Le record tient toujours !
La légende dit que ce match révéla le
rugby au public parisien et que, pour la première fois,
soixante-dix ans avant l’ère Villepreux-entraîneur,
on parla de mouvement perpétuel, ou de « rafale
» ainsi que de « jeu à la bayonnaise ».
A noter que les deux ailiers basques, Labaste et Forgues,
devaient connaître un sort cruel dès les années
suivantes : lors du premier conflit mondial, Labaste dut être
amputé d’une jambe et Charles Forgues devait
trouver la mort lors de l’expédition des Dardannelles. |
1934
BASQUES ENCHANTEURS
Aviron Bayonnais-Biarritz Olympique 13-8 |
Les deux équipes
de la Côte Basque voulaient jouer à Bordeaux,
plus facilement accessible par leurs supporteurs. Mais la
Fédération n’avait rien voulu savoir,
menaçant même d’y organiser la finale avec
les battus des demi-finales.
Bayonnais et Biarrots était arrivés à
Toulouse par le même train, et les joueurs s’étaient
souvent croisés dans les couloirs. Dans cette rencontre
fratricide, il y eut bien quelques horions (les deux talonneurs
furent expulsés temporairement) mais ce mini-incident
ne pesa guère en comparaison de l’exceptionnelle
qualité du jeu produit. Les Biarrots menaient 5 à
0 à la mi-temps grâce à un essai de Guilhou,
transformé par Haget. Ensuite, ce fut une débauche
d’offensives de toute beauté, aussi bien d’un
côté que de l’autre. A dix minutes de la
fin, les Biarrots menaient encore 8 à 6. Mais un drop
de Celhay et un essai de Dauga firent pencher la balance du
côté de l’Aviron.
La légende du jeu « à la bayonnaise »,
née 21 ans plus tôt, se trouvait totalement confortée
par cet après-midi enchanteur. Et les bars de Toulouse
se souviennent encore de leur nuit basque… |
1957
LE CHEF D’ŒUVRE LOURDAIS
FC Lourdes-Racing CF 16-13 |
Disputée à
Lyon, cette finale est restée comme la plus accomplie
de toutes celles disputées par le grand Lourdes des
frères Prat. La résistance du Racing de Crauste,
Moncla, Marquesuzaa et Vannier y fut bien sûr pour beaucoup.
Les Bigourdans menaient 11 à 0 et trois essais à
rien à la 50e minute. Ils avaient ouvert le score par
un essai de Rancoule, leur ailier droit, sur un coup de pied
de recentrage parfait de son alter ego Tarricq, une phase
de jeu aujourd’hui tombée en désuétude.
Mais les Parisiens ne voulaient mourir comme ça. En
cinq minutes, ils revenaient à 11-10 grâce à
deux essais, dont un de 50 mètres de Michel Vannier,
l’arrière international.
Le suspense était à son comble, d’autant
plus que l’ouvreur Antoine Labazuy, blessé à
la cheville, fut obligé de passer troisième
ligne, ce qui bouleversa la composition de l’équipe
lourdaise.
Cela n’empêcha pourtant pas Martine, centre passé
ouvreur, de percer et d’envoyer Rancoule à l’essai
que l’on pensait de la victoire. Mais à trois
minutes de la fin, Antoine Labazuy devait sauver son camp
en récupérant miraculeusement un ballon tapé
à suivre par les Racingmen qui devaient en plus manquer
un drop à la dernière seconde.
Pour la petite histoire, le Racing s’était qualifié
pour cette finale en battant Graulhet en demi-finale au bénéfice
de l’âge après une égalité
parfaite. |
1962
« LA » FINALE
SU Agen-AS Béziers 14-11 |
Et si c’était
« la » finale ? Il y eut tout, ou presque, dans
cette partie disputée au Stadium de Toulouse : le suspense,
l’affrontement viril, l’opposition de style et
la polémique avant et après le match.
Quelques bagarres avaient émaillé le début,
puis le talonneur agenais Malbet dut sortir un quart d’heure
avant de revenir avec un impressionnant bandage autour de
la tête. Le décor était planté.
Béziers menait 11-3 à la mi-temps, grâce
à un essai du troisième ligne aile François
Rondi. La puissance et la maîtrise des phases statiques
étaient déjà la marque de fabrique du
pack biterrois.
Le dos au mur, les Agenais revinrent dans le match, d’abord
grâce à leurs sauteurs Matkowski, Échavé
et Sitjar, qui parvinrent à donner des munitions à
leurs attaquants, dont le seul souci était de mettre
le feu au terrain avec comme pyromane, l’arrière
Jean-Pierre Razat dont les relances furent, ce jour-là,
époustouflantes. Résultat : deux essais superbes
pour Agen, de Méricq et Matkowski.
Nous sommes alors à six minutes de la fin. L’arrière
international biterrois Paul Dedieu tente un drop. Razat le
contre et déclenche une contre-attaque qui remonte
tout le terrain en six passes avec Zani, Lacroix et Salères.
Ce dernier tape à suivre pour Méricq qui ramasse
le ballon pour aller à dame. Mais Pierrot Danos l’avait
poussé en touche sur le drapeau de coin. M. Raymond
Gombeau, l’arbitre, accorde quand même l’essai,
à la grande fureur des Biterrois. Le lendemain, la
presse prouva qu’ils avaient raison : une photo montra
Méricq en touche avant d’aplatir.
Cette plaie n’est pas encore tout à fait refermée
pour Pierre Danos et ses équipiers, d’autant
plus que la polémique avait commencé avant le
match car le jeune pilier agenais Jean-Pierre Clar venait
des rangs treizistes de Villeneuve. La Fédération
treiziste fit abondamment savoir cette nouvelle afin que l’intéressé
soit suspendu, mais les Biterrois ne voulurent pas en profiter.
Au-delà de ces incidents, cet Agen-Béziers demeurera
dans l’esprit de tous ses témoins, comme la finale
la plus enthousiasmante de l’après-guerre : trente-cinq
ans après, tous ses acteurs, vainqueurs et vaincus,
doivent donc être réunis dans le même éloge. |
1985
MERVEILLE TOULOUSAINE
Stade Toulousain-RC Toulon 36-22 (après prolongations) |
Pour la première
fois depuis 1947, le bouclier retourne dans la « Ville
Rose » et de la plus magistrale des manières.
L’entraîneur des rouges et noirs toulousains,
Pierre Villepreux, qui n’est pas du tout du genre à
s’enflammer pour un oui ou pour un non, la qualifia
de « merveilleuse ». Les rouges et noirs Toulonnais
avaient pourtant parfaitement négocié leur début
de match puisqu’ils menaient 12 à 0 à
la trente-sixième minute puis 12-3 à la mi-temps.
Ce début de match splendide avait montré que
les Varois de Daniel Herrero n’avaient rien à
envier aux glorieux attaquants adverses, et l’essai
de Fournier l’avait démontré.
Du coup, les Toulousains furent obligés de hausser
encore leur niveau de jeu.
Il s’en suivit une débauche de jeu offensif où
la paire de centres Bonneval-Charvet devait se tailler la
part du lion (cinq essais à eux deux). Pourtant, les
Toulonnais avaient bien failli l’emporter avant les
prolongations grâce à un exploit de Jérôme
Gallion. Mais son essai ne fut pas transformé par Salvarelli
: la sortie sur blessure de l’arrière-buteur
Jérôme Bianchi pesa de tout son poids dans le
résultat final. Car les prolongations furent toulousaines.
Ce fut le premier des trois titres du tandem Villepreux-Skrela
qui, douze ans plus tard, se verrait confier les rênes
du XV de France. Les photographes gravèrent à
jamais les visages décomposés de Daniel Herrero,
Jérôme Gallion et Manu Diaz regardant le tableau
final, incrédules. |
(sélection de l’hebdomadaire de rugby
‘’Midi Olympique’’)

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